30Nov

Intervention Frédérique DUMAS : Colloque de l’UGEI « Enseignement supérieur, un levier de la construction européenne »

Jeudi 30 novembre – Intervention Frédérique DUMAS lors du 1er colloque européen organisé par l’UGEI à l’occasion de son 25ème anniversaire dans les locaux de l’ENSAM à Paris, sur le thème : « l’Enseignement supérieur, un levier de la construction européenne ».Cet événement a réuni des acteurs  issus du monde de l’Enseignement supérieur européen, des professionnels, des académiques et des décideurs ainsi que des personnalités politiques.

L’intervention complète de Frédérique DUMAS ci-dessous.

 » Madame, monsieur,

c’est en tant que Vice-présidente de la Commission Culture et Education de l’Assemblée nationale  que je j’interviens ce matin.

Je suis donc très sensible à une des caractéristiques profondes de l’enseignement supérieur : sa contribution a la construction de l’identité européenne, en préservant le meilleur de chacune des cultures qui y participent.

L’enseignement supérieur est en effet, par essence,  un espace privilégie de diffusion de la diversité des cultures :  économique, sociale, scientifique, industrielle,  de chaque pays. A ce titre, le processus de Bologne est un cadre qui permet de favoriser concrètement l’émergence d’une véritable culture européenne.

Parmi les 5 principales mesures sur lesquelles le Président de la République s’est engage il y a précisément la volonté de faire plus d’Erasmus,  notamment pour les apprentis : avec « la  création d’un statut européen de l’apprenti facilitant la mobilité » avec l’objectif que 200 000 jeunes par an effectuent « au moins un semestre à l’étranger d’ici 2022 »  (soit 25% d’une classe d’age).

Devant les étudiants de la Sorbonne, Emmanuel Macron a également plaide pour que chaque jeune européen passe au moins 6 mois dans un autre pays européen (50% d’une classe d’age en 2024) et que chaque étudiant parle deux langues européennes d’ici 2024. Le Président a également évoque la création d’universités européennes, et de réseaux d’universités qui permettent d’étudier à l’étranger et de suivre des cours dans deux langues au moins. Or vos  écoles sont a ce titre exemplaires !

Elles sont déjà la preuve vivante de votre participation a la construction du commun puisqu’elle favorise l’ouverture des esprits et la mobilité internationale au cœur même du processus de formation. Pour illustrer, je retiendrai le cas des « doubles diplômes » intra-européens, les diplômes conjoints de 2 écoles de l’UGEI, l’EPF et ESTP. Ils démontrent votre capacité d’innovation, votre aptitude a mettre en œuvre des processus de formation qui intègrent les cultures nationales et qui favorisent le meilleur de chaque modèle, pour former les futurs cadres européens.

En effet, l’EPF propose une formation originale avec une alternance géographique pendant 5 ans, en collaboration avec la Hochschule de Munich. elle permet d’obtenir simultanément le diplôme ingénieur français, le master en production et automatisation- (habilités conjointement par la CTI et l’ASIIN) et le certificat de université franco-allemande. Ce cursus binational a forte valeur ajoutée apporte aux étudiants a la fois la  culture dite « de proximité industrielle » allemande et la culture académique  dite de « soft skills » française, dans des environnements a la fois identitaires et complémentaires.

De cette formation sortent des ingénieurs trilingues  prépares aux réalités des échanges internationaux et au management interculturel.

On retrouve un modèle proche a l’ESTP avec l’université technique de Dresde et le diplôme conjoint franco-allemand, dans les domaines du génie civil. Là encore réservée aux germanophones des spécialités « bâtiment » et « travaux publics » de l’ESTP et aux francophones de la t.u. Dresde, ce cursus – suivi en commun par les étudiants français et allemands – prévoit 3 semestres d’études a l’ESTP puis 3 semestres a Dresde. Cette formation est un véritable accélérateur de carrière et ouvre des portes dans les entreprises ayant des filiales Outre-Rhin et en Europe centrale. Vos établissements d’enseignement supérieur sont donc bien des instruments de diffusion culturelle et d’influence.

Selon le rapport intitule « l’enseignement supérieur français par-delà les frontières : l’urgence d’une stratégie » réalise par France stratégie,  « les établissements français s’exportent : ils disposent de plus de 600 programmes a l’étranger : 140 implantations physiques a l’étranger, qu’il s’agisse de franchises (62), de campus satellites (40) ou d’établissements associes (38). Près de 330 diplômes de l’offre de formation des établissements français sont par ailleurs délocalises auprès de partenaires étrangers. il y a également 138 programmes de formation a distance avec une audience a l’étranger »

De manière générale les actions de coopérations entre les écoles françaises et les établissements européens peuvent prendre de nombreuses formes : notamment la mobilité étudiante, la mobilité enseignante, les masters double-diplôme mais aussi des projets de recherche collaboratifs et la participation à des réseaux de recherche. Cette dynamique contribue bien évidemment a la formation et a la diffusion de la culture européenne que réclament les entreprises.

Il  faut des ingénieurs et des managers qui intègrent une forte dimension multiculturelle pour inventer et construire des biens et des services qui soient en cohérence avec les valeurs européennes et qui portent une vision partagée du futur. Je pense par exemple à la qualité, la durabilité, la diversité sociale, l’égalité femme-homme, l’accessibilité pour n’en citer que quelques-unes.

On comprend donc que la recherche a d’abord une dimension « culturelle » – connaitre et comprendre  – qu’ elle est  de fait, un enjeu de puissance autant que de pouvoir.

La science et la technologie sont aussi a l’origine de mutations profondes dans nos sociétés : en changeant notre vision du monde et nos modes de vie, elles sont devenues des composantes essentielles de l’activité humaine dans les sociétés modernes.

Si les Etats-Unis sont le premier pays a dominer la carte du monde avec plus du quart des productions scientifiques, l’Union européenne est largement dans le peloton de tête avec 430 000 articles scientifiques soit plus du tiers de la production scientifique totale.

Dans un communique de presse récent la Commission Européenne rappelait que l’avenir  de l’Europe passe par la construction d’un espace Européen de l’éducation d’ici  2025, que l’un de ses objectifs est la préservation du patrimoine culturel et la promotion d’un sentiment d’une identité et d’une culture européennes, que cela passe par élaboration  d’un agenda européen de la culture et la préparation d’ une recommandation du conseil sur des valeurs communes, une éducation inclusive et la dimension européenne de l’enseignement. Vos écoles sont donc bien partie-prenantes d’un modèle de progrès et de démocratie.

La démarche que vous avez entreprise ensemble, UGEI et VPH, démontre la responsabilité que vous entendez prendre dans la construction de l’identité européenne et témoigne de la force de cet engagement.

L’Europe se définit moins par la géographie que par la communauté de culture qui unit ses peuples.

Je vous en remercie. »