Après la bataille

Tourné, en Egypte, dans les mois qui suivent la chute du régime d’Hosni Mubarak, le 11 février 2011 suite aux manifestations sur la place Tahrir, ce film mêle grande histoire et destins personnels en mettant en scène deux égyptiens que tout, ou presque, oppose. D’un côté, Mahmoud est l’un de ces « cavaliers de la place Tahrir », qui, juchés sur des chevaux ou des dromadaires ont été envoyés, le 2 février, par le régime alors toujours en place mais contesté dans la rue pour charger les manifestants ; cette tentative désespérée de mater la contestation fût un échec : Mahmoud, comme beaucoup de cavaliers, est renversé puis tabassé. Après la chute du régime, celui, qui comme ces camarades habite à Nazlet, quartier proche des pyramides, et vivait du tourisme, se retrouve sans travail. Humiliés et marginalisés par le nouveau régime qui cherche à les chasser de leur quartier, ces cavaliers sont le symbole de cette Egypte attachée aux traditions, qui vivait de ce glorieux passé, les Pyramides, et à qui le régime déchu avait apporté une relative prospérité économique. De l’autre, Reem, jeune femme moderne, divorcée, laïque, et occidentalisée, habitant dans les beaux quartiers bourgeois du Caire et travaillant dans la publicité, est très investie dans la révolution. Ce film a été tourné sans scénario ; il est composé à la fois d’images d’archives, de séquences tournées place Tahrir, après la chute du régime et de scènes de fiction dans lesquelles évoluent les deux personnages principaux. Ce film laisse à voir les tensions et les divisions dont est pétrie la société égyptienne, la cohabitation entre modernité et archaïsmes, les luttes sociales et sociétales (notamment la place des femmes) qui sont menées en parallèle de la révolution politique. Ce sont aussi les rebondissements d’une révolution au devenir incertain qui sont portés à l’écran.